(Metro, 24/10/2002)
Net et Poitou-Charentes
Il y a dans cette information à la fois de l’inquiétant et du rassurant : neuf des treize ordinateurs qui gèrent le trafic de l’Internet mondial ont été les cibles d’attaques électroniques qui auraient pu mettre tout le réseau en panne. Ces machines, appellées “serveurs centraux”, sont réparties dans toutes les zones géographiques mondiales pour éviter une concentration qui les laisseraient vulnérables à des attaques physiques. En théorie, le Net peut fonctionner avec un seul de ces serveurs en activités. En pratique, si plus de quatre sont hors service, il y aurait de sérieuses fritures sur le réseau. L’attaque de cette semaine n’a duré qu’une heure, son origine est inconnue, et comme on dit en pareil cas, les services compétents poursuivent leur enquête. Aucun des utilisateurs du réseau n’a rien remarqué, parce que les mesures défensives auraient été prises - mais aussi parce que l’attaque n’a pas duré longtemps. D’un coté, la machine a résisté. De l’autre, des petits malins, ou des gros gangsters, ont démontré que le Net reste bien fragile malgré le principe même sur lequel il repose : la décentralisation. Et plus l’usage en devient massif, plus il devient vulnérable aux coups tordus.
Comment chanter dignement le Poitou-Charentes ? Quelle lyre saisira-t-elle la sagacité de ses élus pour composer l’épopée qu’ils méritent ? Les voilà qui débattent ces jours ci de la prise de controle du Futuroscope, vaste entreprise touristique au bord de la faillite dont ses propriétaires actuels (le groupe Amaury) veut se désengager. En Poitou-Charentes, on réinvente ce qu’on appellait il y a vingt ans la nationalisation des pertes, même s’il faut plutôt parler ici de régionalisation - et encore : il faudrait être sûr que le budget de l’Etat n’en sera pas de sa modeste contribution Jean-Pierre Raffarin, dont on sait l’importance qu’il attache aux grands sujets, s’était déplacé pour assister à la délibération du conseil régional. Le Futuroscope vaut bien un voyage. C’est donc chez Raffarin qu’on réinvente la “politique industrielle” - quand le privé échoue, le public vient à la rescousse... Et c’est ainsi que se renforcent les doux effluves de restauration pompidolienne (note à usage des jeunes lecteurs : George Pompidou fut président de la République de 1969 à 1974, date de sa mort. On lui doit notamment l’invention de Jacques Chirac).
Stéphane Courtois récidive, et c’est heureux. Il avait coordonné le monumental et collectif “Livre noir du communisme”, en 1997. Six ans après la chute vraiment finale des démocraties populaires, le minutieux rappel des crimes et des rapines avaient valu à Courtois et à ses co-auteurs les déluges d’insulte des petits nervis de la grande cause. Comme si rien ne s’était en fait vraiment passé de tragique à l’est, juste quelques “erreurs”, comme on disait aux temps glorieux des banlieues rouges. Courtois publie aujourd’hui un complément bienvenu au Livre Noir : “Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe”. D’autres pays, d’autres crimes, d’autres tragédies. Chez Robert Laffont, pour 22,95 euros.
La semaine prochaine, nous parlerons des nomothètes et du fox à poils durs.
