Bribes

18.7.02

(Metro, 18/07/2002)
Vol, justice et best sellers.

Encourageons partout la justice, dénonçons le vol, saluons les best-sellers

La nouvelle vient de Peoria (Arizona). Liz (appellons la Liz, car elle reste anonyme) avait de bien mauvaises notes. Un professeur scrupuleux envisageait de la recaler à ce qui, là bas, tient lieu de bac. Mais les parents qui attaquèrent. En justice, car pourquoi se priver. Menaçant de faire procès sur la manière de noter du professeur. La direction du lycée capitula. C’est parait-il la nouvelle mode judiciaire américaine. Procès aux profs pour mauvaises notes. Car il faut que des responsables soient désignés aux échecs des bambins. On aimerait pousser plus loin la tendance. Tant il est vrai que des chatiments se perdent. Osons nommer les coupables, exigeons réparations. Car ils sont nombreux, qui ont raisons de se plaindre. Le cadre dont la carrière patine devrait attaquer plus souvent son directeur, dont le système d’évaluation n’est pas au point. Jean-Marie Messier, à y bien réfléchir, a-t-il été bien noté par son conseil d’administration ? Quant à l’électeur floué.... L’esprit s’égare en de telles réflexions. En avril dernier une candidate, dans mon quartier, promettait sur ses affiches “un monde plus fraternel”... Elle ne disait pas quand, ni à quelle heure. Elle fut battue, et ne doit pas le regretter. Imaginons les procès, si le monde avait été finalement moins fraternel que prévu.

Enfin des mesures, enfin des armes, enfin des crédits, enfin du poing sur la table et des coups de menton. On n’avait que trop attendu : voilà qu’on s’attaque à cette insécurité qui nous ronge. Louons Raffarin, félicitons Sarkozy et saluons Perben. On sent que les banlieues n’ont qu’à bien se tenir, et qu’au pire, on pourra toujours mettre quelques enfants en prison. La peine est exemplaire, faut-il le répéter... Ailleurs, pendant ce temps, des dizaines milliards se sont envolés, parce que la bourse, comme on sait, monte et baisse. Mais certains milliards n’ont pas été perdus pour tout le monde. Alan Greenspan, à New York, vient de dénoncer “la cupidité contagieuse” qui s’était emparée des plus grands chefs d’entreprise, cause de la crise de confiance dans les vertus du capitalisme. Ce fut sans doute pire en France. Combien de patrons, combien de capitaines (d’industrie) qui passaient tout leur temps à gérer leur pactole... Entendons l’objection : les cités, dans tout ça ? Aucun rapport. Ne confondons pas vol et vol.

Une terrible découverte se cache en page 101 du Point. Il faut bien la chercher. Sur la liste des best-sellers (pardon, des “meilleures ventes”) de livres, en 19ème place et en progression : le “Projet de paix perpétuelle” d’Emmanuel Kant. Mais le pire est à venir. En remontant la liste, vers le haut. John Irving, Fred Vargas, Paul Auster et bien sûr Christian Gailly, qui a passé Un soir au club et qui nous donne l’envie de le passer avec lui. Si les vrais écrivains désormais accèdent aux best-sellers, on ne répond plus de rien. On avait eu la puce à l’oreille, plus tôt dans la saison, avec le succès du parfait Imparfait du présent, de Finkielkraut. Mais d’un coup on s’inquiète : si les bons livres se vendent, que vont devenir les autres ?

La semaine prochaine, puisque les temps l’exigent, nous parlerons de la mangouste.