Bribes

28.6.02

(Metro, 27:06/2002)
Amis, mystère et substituts

Nous chanterons aujourd’hui le grand courage du capitalisme français, la soudaine disparition du gouvernement du même nom, et l’admirable dignité de nos commentateurs sportifs.

Jean-Marie Messier, qui a ramené le cours de l’action Vivendi à un niveau inféreiur à celui de la Générale des Eaux quand il en devint président, est donc forcé par son conseil d’administration de boire jusqu’à la lie le calice du démantellement progressif de l’entreprise qu’il a voulu construire. Mais nous insisterons aujourd’hui sur le stimulant spectacle que donnent autour de lui ceux qui l’avaient parrainé, ou encouragé : Marc Vienot, ancien PDG de la Société Générale (la banque qui est aussi, à la suite de plusieurs années complaisantes, un des principaux créanciers de Vivendi), a charitablement confié au Financial Times que Messier avait perdu sa “crédibilité” sur les marchés. Et Bernard Arnault, qui avait toujours soutenu et encouragé le PDG en difficulté, le lâche à la veille d’un conseil d’administration décisif : avec de tels amis, pourquoi Messier se serait-il embarrassé d’ennemis ? Quelle que soit la nature des animaux qui quittent en ce moment le navire, et quels que soient leurs motifs, on n’est pas plus rassuré par ceux qui partent que par celui qui reste.

Mais où est donc passé Jean-Pierre Raffarin ? Une rumeur insistante le veut pourtant premier ministre. Mais depuis sa propre conquête d’une chambre introuvable, voilà qu’il ne prend plus le métro, voilà que Nicolas Sarkozy (que la même rumeur veut à tout prix voir ministre de l’Intérieur) a perdu sa boussole et sa carte des banlieues. Les ministres se font même rares sur les plateaux de télévision, ce qui tout de même étonne. Sommeil pour les réformes, repos pour les “chantiers”. Vacances prématurées, ou 35 heures étendues à l’exécutif ? A moins que les quelques semaines qui avaient séparé la présidentielle des législatives ne leur aient suffi pour enrayer les angoissants problèmes qui déchiraient notre pays sous la gauche plurielle. On est surpris par cette efficacité. Ce n’est plus la modestie que jouent les Raffarin boys, c’est carrément la disparition.

La finale du mundial va donc se jouer sans Français. Car la triste élimination de la Corée du Sud (face à l’Allemagne, en plus, bande de Schumacher....) a définitivement enterré les espoirs tricolores. Depuis la piteuse élimination de la plus prestigieuse équipe de pigistes de luxe multicartes qui aient jamais joué au football (billets pour SFR, reportages pour TPS, analyses pour télévisions, journaux ou magazines...), on sentait nos commentateurs en manque de national, en quête de substituts. Le Sénégal a servi un temps d’équipe de France de secours (ils étaient un peu français, puisqu’ils jouent tous en France). La Corée du Sud prit ensuite le relais (c’est une équipe un peu comme la France de 1998, puisqu’elle joue à domicile et que personne ne lui donne une chance...). Que reste-t-il de nos nostalgies ? De l’Allemagne et du Brésil, et même de la Turquie. C’est aujourd’hui que le tricolore se met vraiment en berne.

La semaine prochaine, puisque les temps l’exigent, nous parlerons de la mangouste.